1990 – Yeti C26

Lorsque Chris Herting retrouva des tubes Easton C9, il realisa pour une poignée d’allumées quelques cadres de C26, le Yeti sur lequel roula John Tomac et avec lequel Julia Furtado fut championne du monde de XC en 90…

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1990 Yeti C26

  • Origine : USA
  • Cadre : Tubes carbone-alu Easton C9 – raccord acier Chromo 4130
  • Fourche : Manitou Bradbury Elastomère
  • Périphériques : Yeti – Answer – Sugino – Sella Italia Turbo
  • Transmission : Shimano Deore XT – Maillard
  • Freins : Shimano Deore XT
  • Roues : Mavic – Bullseye

 

Le Yeti C26 est tout aussi mystérieux et légendaire que l’abominable Homme des Neiges. Beaucoup de rumeurs et de questions circulent : quelle quantité a été produite, combien de cadres existeraient encore, que sont devenus les prototypes… ?

Depuis ses premières réalisations en 1984, John Parker résume ses Yeti en deux concepts : une “solidité à l’épreuve des bombes” et la compétition à fond  ! Aussi, les initiales FRO qui nomment le seul modèle de la marque californienne se traduisent par “For Racing Only”. Pour gagner, la solidité c’est bien, mais le poids peut-être un handicap. C’est alors que débarque Easton. En 1987, cette société vient de développer le C9, une série de tubes ultra légère pour le vélo, en aluminium recouvert de fibre de carbone-kevlar. Chris Herting, le jeune designer de Yeti alors âgé de 26 ans (d’où l’appellation C26), va scier un cadre FRO pour y manchonner/coller ces nouveaux tubes révolutionnaires et grignoter presque 500 grammes ! Mais John Parker ne jure que par la bonne vieille ferraille soudée par Frank The Welder, le soudeur maison. En effet, les techniques de collage sont encore hasardeuses et le premier prototype sera détruits après les essais et seule, une douzaine de C26 seront ensuite fabriqués. Mais d’après Chris Herting, ils auraient tous cassé. Pourtant, en 1990, John Tomac et Juli Furtado roulent sur un C26 en NORBA et aux Championnats du monde de Durango, en XC comme en descente. À la clef, le titre suprême pour Juli Furtado et l’entrée du C26 dans la légende. Mais l’année suivante, Yeti abandonne le collage trop délicat des tubes carbone  pour la soudure sur alu. Le Yeti ARC est né et le C26 entre dans la légende.

En 2005, la découverte d’une caisse de tubes Easton C9 dans un ancien entrepôt de Yeti, permet à quelques rares privilégiés de faire renaître le C26. Encore faut-il posséder un cadre de Yeti FRO et faire réaliser la métamorphose par Chris Herting lui-même !

Le montage du C26 débute dès sa réception après une année d’attente. Groupe Shimano XT M735, pédalier Bullseye en acier soudé avec son axe intégré (incontournable sur un Yeti), moyeux Bullseye et une fourche Manitou de première génération, fabriquée par Doug Bradbury dans son garage ! Certaines pièces manquantes et aujourd’hui disparues seront fabriquées, moulées ou usinées et ajustées par les magiciens de Model’Alp à Annecy. Du travail de longue haleine mais dont le résultat est au delà du bel objet : une histoire de potes, une belle aventure.

Chris Herting recommande de ne pas rouler sur le vélo : “c’est avant tout un morceau d’histoire”! Mais bon. On ne dira rien à Chris Herting. Mais comment résister à la gueule ramassée et compacte de la bête, à l’association du carbone tressé et des tubes et du ”Desert Blue“ Yeti ?  Le vélo est un véritable BMX et rouler sagement est impossible. Le charme opère et on s’imagine rouler sur les pistes du championnat du monde de Durango… Mais le cadre  ferme et rigoureux ramène vite à la réalité. On oublie le confort et on discute rendement. Les manivelles de 177 mm offrent un couple incroyable. Le vélo reste agile dans les parties techniques et un centre de gravité plutôt bas rassure dans les descentes. John Tomac et Juli Furtado avaient choisi la fourche Manitou car sa faible hauteur ne modifiait pas la géométrie originelle des vélos et sa rigidité torsionnelle était supérieure à celle de sa seule concurrente, la Rock shox 1. Mais la Manitou n’offre que 3cm de débattement sans détente freinée. Rouler vite avec le Yeti demande donc technique, doigté et sang-froid. Tout l’intérêt du vélo est là :  le C26 se vit ! Le C26 est avant tout une formule 1 que seul  John Tomac ou Juli Furtado savaient maîtriser. Mais, si le vélo ne fait pas le champion, il permet au moins de vivre le mythe.